Tuesday, 22 September 2020

VERS UNE EXPOSITION…

Sens et Matérialité : Un Autre Regard sur l'Objet Céramique

L'exposition Conversations Céramiques propose une nouvelle approche des objets céramiques, fondée entre autres sur le principe, énoncé par Roland Barthes dans Image . Musique . Texte il y a un demi siècle (1968). 

Selon ce principe, le sens ne réside pas dans l'objet même, fixé par les intentions de l'auteur, mais dans un réseau de relations inscrit dans un 'espace multi-dimensionnel' dans lequel il entretient des rapports dynamiques  multiples — en constant devenir — avec d'autres objets. "Tout doit être débrouillé, rien déchiffré" précise Barthes; fondant ainsi la liberté créatrice du lecteur et du spectateur en réaction avec l'oeuvre. Celle-ci ne demande pas à être décodée mais bien plutôt joué, sous forme de performance individuelle. En Italie Umberto Ecco avait en même temps théorisé le concept de l'oeuvre ouverte comme alternative aux approches réductrices de la critique académique. 

Non soumis aux scénographies ni aux grilles de lecture auxquelles doivent se conformer les musées dans leur mission de présenter et d'expliquer les objets culturels, une exposition temporaire organisée par un artiste-collectionneur peut s'offrir le luxe d'une liberté totale d'action; voire même de transgressions. 

La voie est libre aussi pour tester des modes d'approche unorthodoxes comme ceux proposés d'une pseudo divination qui ne chercherait pas à révéler des vérités cachés, mais à faire proliférer le sens 'dans tous les sens'.  

Il s'agira, donc, de convier les visiteurs à developper une approche alternative et complémentaire à celles des muséographies officielles, et d'ouvrir des perspectives nouvelles en réunissant, pour l'occasion, des objets et les déconfiner des périodes, des styles où ils sont maintenus arbitrairement, isolés par nos façons d'en définir les identités, les valeurs culturelles, et de le les insérer dans l'histoire. 

Par ces actes de créativité déviants, nous espérons enrichir nos appréciations, sans chercher à 'établir une 'vérité de l'objet'. Celle-ci peut attendre; ou bien un nouveau type de vérité peut lui succéder.

Ce qui est proposé, donc, est une invitation à méditer sur des 'dialogues' d'obets céramiques présentés sans préjugé, à nos appréciations, nos sensibilités, nos intérêts, nos connaissances et nos goûts personnels. En d'autres termes, il s'agit de stimuler nos imaginations face à des 'objets en performance'; et, ce faisant, d'extrapoler des qualités et des sens potentiels suggérés par ces scénographie provocantes qui transforment les objets en acteurs. Comme dans ma série photographique 'Histoires', le texte du dialogue n'est pas donné, mais est laissé à imaginer au spectateur.

Notons que l'intention de chaque tableau est d'ouvrir nos perceptions et d'étendre nos appréciations des objets (au-delà de leur sens consacré) dans différentes directions; en remettant en question les structures et les problématiques académiques qui les enferment ou les ignorent.

Ainsi, la rencontre fortuite d'une céramique de la poterie 'Les Yvelines', datant du premier quart du XXème siècle (inspirée par un objet pré-Colombien; comme l'avait été Christopher Dresser vers 1880, en Angleterre, dans l'un de ses designs pour la Linthorpe Pottery), et d'un masque Africain du groupe ethnique des Gete nous confronte au mystère des différences culturelles telles qu'elles se manifestent directement à travers des formes.


Invitation à explorer les lignes et les volumes, et de découvrir des structures formelles spécifiques à chaque objet — notant des points communs, des différences et des affinités. Ces premiers pas pourrons ensuite nous conduire à interpréter ces relations formelles de façon à restituer le mystère de l'identité possible de chaque objet et à les faire entrer en résonance par des d'actes d'imagination individuels.

L'information 'scientifique' selon laquelle ce type de masque était, à l'origine, conçu pour la guerre; et dont la forme était censé effrayer l'ennemi; et que, d'autre part, lorsqu'il était utilisé dans un rituel, il protégeait le porteur grace à ses vertus magiques, est d'un intérêt indéniable (mais jusqu'à quel point, si cette 'information' en vient à clore l'acte de vision, signalant que nous sommes arrivés au but). 

Ce que l'exposition souhaite éviter est qu'un voile d'informations techniques ne court-circuite la pensée et assujettisse le regard, substituant des 'faits' préconçus au plaisir créatif qui résulte d'un contact actif et libre avec les objets.

Gérard Mermoz

gerardmermoz@hotmail.com  .  0033(0)7817 289 451




La notion de 'Conversations Céramiques' m'est apparue pendant la préparation de l'exposition 'Keramik Conversations', au National Archive for British Studio Ceramics à Aberystwyth (Pays de Galles). Dans cette exposition à dimension historique, mais conçue du point de vue d'un artiste-collectionneur, je me proposai de suivre l'émergence de la couleur dans la céramique moderne: de Dalpayrat jusqu'aux céramiques de l'après-guerre, qui ont surgi en réaction contre le puritanisme de la 'brown pot brigade' qui, avec Bernard Leach, considérait la couleur comme une perversion des 'chimistes'.

Comparant les pratiques artisanales d'ateliers et celles des productions industrielles ou semi-industrielles 'éclairées', j'ai essayé de montrer comment la céramique avait réussi à produire des objets de qualité selon des formes de productions très diverses et, ainsi, avait réussi à faire entrer la Modernité dans les foyers les plus humbles, grace à des esthétiques véritablement Pop et à des prix abordables: en France par les expériences faites à Vallauris et à Annecy (par le potier excentrique Charles Cart, à la poterie du Cyclope); en Allemagne avec les 'Fat lava', réalisant ainsi dans un contexte social, culturel et économique nouveau un projet céramique démocratique qui, pendant quelques décennies, s'est fait porteur de la Modernité, avant que des céramiques génériques sans âme, produites en Asie à des coûts excessivement bas, pour un public mondial pas exigeant ne vienne, par compétition, faire disparaitre la plus grande partie de l'industrie céramique Europénne. 

Cette exposition développe et étend le format des conversations afin d'explorer directement, par un regard libéré de toute inhibition académique, l'esthétique des formes et des matérialités sans chercher à établir des séquences historiques ni des hiérarchies esthétiques. 
Il s'agit de scruter l'objet céramique en tant qu'objet esthétique; en prônant des approches 'ouvertes', libres de toute hiérarchies, et sans prétendre atteindre la vérité définitive de l'oeuvre.

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